Depuis quelques temps, il y a un point sur lequel je voudrais m'étendre un peu. En discutant avec des parents confrontés au deuil périnatal, je me rend compte que nos histoires sont toutes infiniment différentes, mais que nous sommes tous traversés par les mêmes sentiments, et il me semble que nous rencontrons tous les mêmes maladresses, les mêmes "mots qui font mal" venant de nos entourages. Et il y a une maladresse, particulièrement, que nous entendons presque tous, et qui est comme un coup de poignard que nous recevons en plein coeur. Cette maladresse, elle vient toujours de croyants. 

Cette maladresse, c'est une conviction, une certitude, avancée par certains. C'est quelques mots, par lesquels vous (par "vous", je désigne les croyants - qu'importe leur religion - qui ont prononcé ou écrit ces mots, ou qui seraient tentés de le faire) pensez probablement apaiser notre sentiment d'injustice, mais qui sont infiniment horribles à entendre. Ces quelques mots, ce sont des phrases du genre "Dieu, dans sa bonté, l'a voulu ainsi", ou "Elles sont mieux auprès de Dieu", ou toute autre phrase émettant l'idée que, quelque part, le décès de nos enfants et une bonne chose.

Vous avez le droit de le penser, personne ne pourra vous enlever ça. Ça fait partie de vos croyances. Mais vous n'avez pas le droit de nous le dire. 

Vous n'en avez pas le droit, car nous n'avons pas forcément les mêmes croyances que vous, et que vous ne pouvez pas nous imposer une vision qui vous est propre, par rapport à un drame que nous vivons personnellement et qui est tellement intense qu'il ne peut pas être compris à moins de le vivre soi-même.
Vous n'en avez pas le droit, car vous ne connaissez pas nos enfants, et vous ne pouvez pas savoir où ils auraient été le mieux. La paternité, la maternité, sont des choses qui ne s'expliquent pas, et qui font qu'on sait, d'autant plus quand il s'agit de bébés, ce qu'il y a de mieux pour nos enfants. Et ce qu'il y a de mieux pour des enfants, ce n'est pas la mort. 
Vous n'en avez pas le droit, car en affirmant que le décès de nos enfants est une bonne chose, vous niez sans vous en rendre compte notre douleur, et même notre deuil. Pourquoi être effondrés, submergés par l'horreur que nous vivons, puisque c'est une bonne chose ? Serions-nous si stupides, pour pleurer ce que vous estimez être une bonne nouvelle ? Vous estimez donc que nous devrions remercier votre Dieu d'avoir laissé nos enfants mourir ?
Vous n'en avez pas le droit, car perdre un enfant est sans doute une des pires choses qu'on puisse vivre, et vous n'avez pas le droit de vous en réjouir.

Alors oui, vous avez le droit de le penser. Mais par pitié, et surtout par respect, ne dites pas à un père ou à une mère qui a perdu un enfant que c'est une bonne chose, que Dieu l'a voulu ainsi, ou que cet enfant est mieux mort que vivant. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point il est douloureux et inacceptable d'entendre de telles paroles. Vous n'imaginez pas à quel point, en voulant nous réconforter, vous faites pire que l'inverse. Vous n'imaginez pas l'immensité du mal que vous faites, juste en prononçant ces mots. Et votre Dieu ne souhaite probablement pas que vous fassiez autant de mal...